Classification, noms et autorités

Classification du vivant
Les scientifiques qui étudient les organismes vivants  – zoologistes, botanistes, mycologues, etc.–  ont depuis longtemps pris l'habitude de regrouper les organismes en fonction des caractères communs qu'ils partagent. Plus ils ont de caractères communs, plus ils sont apparentés. Le premier niveau de regroupement est le règne. De nos jours les êtres vivants sont répartis en 5 règnes: 1) les animaux, 2) les végétaux, 3) les protistes (organismes unicellulaires), 4) les bactéries (monaires) et 5) les champignons macroscopiques et microscopiques (fungi). Chaque règne est ensuite subdivisé en divisions ou embranchements, puis les divisions sont redivisées en classes, et ainsi de suite en ordres, familles, genres et espèces. Chaque groupement peut aussi comporter des sous-groupes ; ainsi on a par exemple des sous-classes, des sous-familles, des sous-genres, etc.

Pour le Cortinaire à bracelets, Cortinarius armillatus, cela donne:
    Règne: Fungi
        Division: Basidiomycota
            Classe: Homobasidiomycètes
                Ordre: Cortinariales
                    Famille: Cortinariacées
                        Genre: Cortinarius
                            Espèce (épithète spécifique): armillatus

Comme la classification des champignons est en évolution rapide depuis quelques décennies et que le lecteur pourra rencontrer dans les ouvrages de mycologie diverses variantes de cette classification, sur le présent site j'ai délibérément évité d'élaborer plus avant. Si vous désirez en connaître davantage sur le sujet je vous suggère de consulter les ouvrages:
1. Guide des Champignons de France et d'Europe, par Régis Courtecuisse et Bernard Duhem, Éditions Delachaux et Niestlé, Paris, 1994.
2. Ainsworth & Bisby's Dictionnary of the Fungi, Eighth Edition, par D.L. Hawksworth, P.M. Kirk, B.C. Sutton et D.N. Pegler, International Mycological Institute, U. K., 1995.

Nom latin
Le Code international de nomenclature des espèces vivantes prévoit que le nom officiel d'une espèce doit être en latin et constitué de deux mots: le premier est le genre auquel l'espèce appartient et il est suivi d'une épithète qui caractérise l'espèce à l'intérieur du genre. Par exemple le Coprin chevelu a pour nom officiel Coprinus comatus car il appartient au genre Coprinus et à l'espèce identifiée par l'épithète spécifique comatus qui veut dire "chevelu".

Autorité
Le Code international de nomenclature prévoit aussi que, pour être complet, le nom latin doit être suivi par son autorité, c'est-à-dire la personne qui a décrit l'espèce. Cela permet d'éviter toute ambiguïté dans l'interprétation à donner à un nom car il est arrivé à plusieurs reprises que deux personnes aient publié des espèces différentes sous le même nom. Évidemment c'est la première publication qui a préséance, le nom de la deuxième espèce devient invalide.

L'Amanite à voile jaune a pour nom Amanita flavoconia Atkinson. L'autorité est ici George Francis Atkinson, 1854-1918, qui fut professeur de botanique à l'Université Cornell aux États-Unis.

Quand une espèce a été publiée sous un genre et que, par la suite, un autre auteur reclassifie l'espèce dans un autre genre, le nom du premier auteur demeure et se place entre parenthèses devant le nom du second auteur. Ainsi le Tricholome à odeur de savon, Tricholoma saponaceum (Fries) Kummer, a été décrit par Elias Fries en 1821 sous le nom de Agaricus saponaceus ; plus tard en 1871, P. Kummer créa le genre Tricholoma et y transféra l'espèce. Remarquez le changement d'orthographe de l'épithète, c'est que celle-ci doit être accordée avec le nouveau genre selon les règles de la grammaire latine.

Dans un passé plutôt ancien, les champignons étaient diversement nommés selon les auteurs. Afin de remédier à la confusion que cela produisait, le Code international de nomenclature a édicté une règle pour déterminer quel nom devrait être utilisé. Cette règle prévoit que le nom valide d'une espèce est celui de la première publication qui en a été faite, à partir d'une certaine date de départ. Pour une grande partie des champignons, cette date à été fixée au 1er janvier 1821, date de la publication par Elias Fries de Systema mycologicum, vol. 1. Pour les Gastéromycètes c'est plutôt le 31 décembre 1801, date de la publication par Persoon de Synopsis Methodica Fungorum.

Lorsqu'une espèce avait déjà reçu un nom avant la date fixée comme départ, on peut indiquer son auteur comme suit. Le Tricholome équestre, s'appelle Tricholoma equestre (Linné : Fries) Kummer. Il a dans un premier temps été nommé Agaricus equestre par Linné, mais dans une publication antérieure au 1er janvier 1821. Puis Fries l'a décrit dans son Systema mycologicum de 1821 sous ce même nom, rendant ainsi le nom officiel. Par la suite, comme beaucoup trop d'espèces avaient été placées dans le genre Agaricus, les mycologues ont commencé à scinder ce genre en plusieurs. C'est ainsi que Kummer a transféré l'espèce dans le nouveau genre Tricholoma qu'il venait de créer.

La règle du paragraphe précédent appliquée au Tricholome imbriqué donne Tricholoma imbricatum (Fries : Fries) Kummer. La raison pour laquelle le nom de Fries apparaît deux fois dans la parenthèse est que, dans un premier temps, Fries a décrit l'espèce sous le nom de Agaricus imbricatus mais dans une publication antérieure au 1er janvier 1821. Puis l'espèce a été incluse dans son Systema mycologicum de 1821, devenant par ce fait un nom valide. Par la suite Kummer l'a transférée dans le genre Tricholoma.

Vous remarquerez que dans la plupart des livres récents, les index alphabétiques des espèces sont construits par ordre de "épithète spécifique - genre" plutôt que par "genre - épithète spécifique". La raison est que depuis plus d'une cinquantaine d'années beaucoup d'espèces ont été changées de genre par divers auteurs. Certains de ces changements ont été suivis par la majorité des mycologues, d'autres moins. Mais comme ces changements n'affectent pas l'épithète spécifique, ou tout au plus une légère modification de sa terminaison lorsqu'il y a un changement de genre grammatical, les auteurs ont réalisé qu'il était plus pratique d'utiliser l'épithète comme ordre de classement dans leur index afin que le lecteur puisse s'y retrouver plus facilement.

Nom français
Les noms français, aussi appelés noms vernaculaires, varient d'un pays à l'autre et même d'une région à l'autre de la France. Par conséquent, dans les bouquins, vous devriez toujours rechercher une espèce à partir de son nom latin. D'autre part, de nombreuses espèces n'ont pas de nom français. Sur mon site, j'ai personnellement créé plusieurs nom français, souvent en traduisant le nom latin, mais parfois, lorsque cela ne rendait pas justice à l'espèce, en utilisant un autre critère. Vous comprendrez donc qu'il est inutile de rechercher ces noms dans un index alphabétique, du moins pour les vingt prochaines années !


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